Elle avance contre le vent dans cette rue encore vide.
Elle la connaît bien pourtant.
Elle connaît ses qualités, ses sourires, ses paroles chaleureuses.
Mais on ne lui a jamais laissé les voir.
Tout se vide à son arrivée.
Les fleurs rangent leurs couleurs, les marchands remballent leurs rêves... ils oublient leur accueil et leurs chansons quand elle passe.
Mais elle passe quand même.
Dans ce froid dur comme la colère d'un enfant, elle est vide de tout, seuls ses yeux sont pleins.
Pleins de larmes.
Mais la peur est là, juste derrière, telle la grande faucheuse et lui dit « la moindre perle que j'apercevrai sur ta joue sera celle de ta tristesse éternelle ».
Alors elle avance, sans les regarder, sans regarder le soleil qui lui aussi d'ailleurs est parti.
Ses cheveux lui cachent la figure comme un sombre masque.
Elle sait que tout ça ne servira jamais à rien, un masque peut la cacher, mais elle ne pourra jamais se cacher le monde.
Elle subit avec douleur tous les pics qu'on lui envoie et les enfouit dans son âme, noire.
Les hommes lui ont volé sa candeur, ils ont prit les étoiles dans ses yeux pour en faire le feu avec lequel ils la méprisent.
Les comptines qu'elle chantonnait en jouant dans les fleurs sauvages ne sont plus que cris de dégoût pour ce petit ange déchu...
Elle était belle, rayonnante, elle dansait au rythme des saisons mais les fleurs qu'on lui lançait, étaient des fleurs du mal, elles l'ont vidé de sa pureté et ont emporté son envie de vivre.
Elle est toujours aussi fragile et rêveuse, ils sont devenus rigides et entêtés.
Dans une cage difficile de déployer ses ailes.
Ils n'ont pas écouté ses prières.
Elle n'a jamais su pourquoi, elle a demandé mais ils ont fait semblant de ne pas l'entendre.
Ils voyaient qu'elle s'était éteinte mais c'est comme s'ils étaient heureux de la rendre triste.
Elle a cherché à exprimer sa peur par autre chose que des pleurs mais ils ont fait semblant de ne pas comprendre.
Elle a grandi dans cette ambiance, elle mourra dans cette ambiance et cette ambiance ne lui manquera pas.
